L´´Enigme de Saint-Leu
Le 27 août 1830, au matin, au château de Saint-Leu, on trouve Louis-Henri Joseph de Bourbon, dernier prince de Condé pendu à la crémaillère de la fenêtre de sa chambre. Étrange suicide :
les pieds du pendu n'avaient pas tout à fait quitté le sol.
Comment a-t-il pu se pendre alors qu'à la suite d'une chute, il était incapable de lever le bras gauche ? Le noeud de tisserand est trop soigné pour avoir été exécuté par quelqu'un qui avait perdu trois doigts à la guerre.
Son assassin, s'il y a assassinat, n'a jamais été découvert mais on suspecta, la baronne de Feuchères, maîtresse du prince née Sophie Daves de 32 ans plus jeune que lui dont le prince de Condé était tombé amoureux en Angleterre pendant l'émigration. Elle avait été mariée pour la façade au baron de Feuchères qui s'esquiva tout de suite après le mariage.
Quelques temps avant sa mort, le prince avait décidé d'émigrer une seconde fois fuyant le régime de Louis-Philippe qui venait de prendre la pouvoir et qui ne représentait pas à ses yeux une garantie suffisante. Louis-Philippe, lui, considéra ce départ comme un camouflet. En outre, l'héritier du prince de Condé, très riche, était par testament le duc d'Aumale, fils de Louis-Philippe ; le prince, avant sa mort, pensait revenir à ses héritiers naturels les Rohan, mais le nouveau testament lui avait été arraché par sa maîtresse en le menaçant de le quitter. On a retrouvé une correspondance entre la baronne et le roi qui pourrait étayer la thèse du meurtre commandé ou suggéré par Louis–Philippe. Elle craignait aussi que sa part prévue dans le testament serait contestée par le nouvel héritier.
Le régime étouffa l'affaire. Les domestiques donnèrent une autre version des faits. Mme de Feuchères, anglaise, avait entendu de mauvais garçons que la pendaison provoquait des réactions physiologiques où le condamné trouvait une «consolation» avant de rendre l'âme. Mme de Feuchères aurait utilisé cet expédient pour procurer une telle «consolation» à son amant mais, cette nuit-là, l'étranglement aurait duré quelques secondes de trop.
(résumé de «L'énigme de Saint-Leu» d'Alain Decaux dans «Grands secrets, grandes énigmes» Ed. Perrin 1970.)
